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Le SNES est le syndicat le plus représentatif du second degré. Il rassemble 62 000 syndiqués parmi les certifiés, les agrégés, les CPE, les CO psy, les surveillants, les personnels d'Éducation et les non titulaires. Aux élections professionnelles il recueille dans ces catégories plus de 50% des voix. Incontournable dans les lycées et collèges, le SNES porte donc, vis à vis de la profession, une responsabilité particulière qu'il entend assumer en s'appuyant sur des atouts qui lui sont propres.
Mis à jour : il y a 17 min 42 sec

« Les choses vont s'arranger, il le faut »

mer, 25/04/2018 - 14:35

Vingt ans après son premier roman « Le Dieu des Petits Riens », Arundhati Roy vient de publier « Le Ministère du Bonheur Suprême ». La question qui l'agace le plus : « Pendant vingt ans, qu'avez-vous fait ? »

ARUNDHATI ROY, écrivaine, militante indienne

Celle qu'on appelle « écrivain militant », titre repris pour l'un de ses ouvrages, a été rendue célèbre par son premier roman.

Née en 1961 à Shillong en Inde, elle a vécu une partie de son enfance avec sa mère chrétienne et militante des droits des femmes dans l'Etat du Kerala après le divorce de celle-ci (un scandale à l'époque). Son premier roman s'inspirera de sa vie au Kérala. À 16 ans, la jeune fille part pour aller étudier l'architecture à Delhi, elle n'en fera pas son métier mais en gardera un grand intérêt pour l'aménagement des territoires, tristement malmenés en Inde. Puis elle s'intéresse au cinéma, écrit des scripts et joue même dans plusieurs films [1]. Elle ne s'y sent pas à l'aise. En 1994, déjà en partance, A. Roy critique sévèrement le film « La Reine des bandits » de Shekhar Kapur, qui fait de Phoolan Devi [2] , le personnage central, une victime violée comme dans tant de films indiens . A. Roy dénonce le choix de faire de la vie de la « reine des bandits » (alors encore en vie) une longue histoire de viols en effaçant les autres motifs de sa révolte.

« Le Dieu des Petits Riens » foisonne de rencontres, de personnages, d'images et d'odeurs. Une approche très politique aussi puisque le Kerala avait alors une direction communiste avec des projets forts pour le peuple. Décrit comme un « chef d'œuvre », il lui vaut le Booker Prize (1997) et une diffusion dans plus de 20 pays du monde dans les mois qui ont suivi. La bourgeoisie indienne est fière de son écrivaine… qui ne le lui rend pas.
Elle va passer les années suivantes à participer aux actions militantes et utilisera sa célébrité pour défendre des causes « mal vues », telle la lutte contre les armes nucléaires (l'Inde affiche sa fierté d'avoir enfin l'arme atomique), contre la peine de mort infligée au Cachemire, pour les droits des villageois en Inde et leurs luttes contre la construction des grands barrages.
Elle écrit des textes écologistes, pacifistes contre les identités réductrices, les intégrismes religieux, le capitalisme et la mondialisation, et participe physiquement aux mobilisations, ce qui lui vaut même des condamnations. Elle dénonce les compromissions des ONG qui aident à maintenir le système plutôt qu'à l'affaiblir, rencontre Edward Snowden [3], lanceur d'alerte américain.

« Le Ministère du Bonheur Suprême » raconte des histoires construites. Elles font se croiser une Hijra [4] , un jeune Hindou qui a choisi de s'appeler Saddam Hussein et tant d'autres dans ce pays où la violence des communautarismes est exacerbée par la violence du pouvoir en place. Ses personnages vont finir par construire leur solidarité dans un cimetière qu'ils aménagent.
Son livre est un pavé d'humanité lancé à la tête du système, des racistes et des réducteurs de pensée. Berceuse en urdu, poème, citations de mantras, lettre d'une mère décédée à sa fille inconnue ou article de presse dénonçant les massacres des musulmans au Cachemire, tout est roman.
Dans les dernières phrases, on peut lire « Mais il savait (…) que les choses s'arrangeraient à la fin. Elles s'arrangeraient, il le fallait » .
Après tout, comme le rappelle Arundhati Roy : « Nous sommes nombreux, et ils ne sont qu'une poignée ».

Mireille Breton

Romans

  • Le Dieu des Petits Riens , Gallimard 1997
  • Le Ministère du Bonheur Suprême, Gallimard 2018

Essais

  • L'Écrivain-militant, intégralité des essais et articles politiques écrits depuis 1998, Gallimard 2003
  • Capitalisme : une histoire de fantômes, Gallimard 2014
  • Que devons-nous aimer ? À la rencontre d'Edward Snowden (avec John Cusack) Gallimard 2016

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[1] In Which Annie Gives It Those Ones (1989)

[2] Accusée de dizaines de crimes, elle fit 11 ans de prison. A sa sortie, elle fut élue députée pour sa défense du droit des femmes et des basses castes. Elle a été assassinée par un Rajput en 2001

[3] Inculpé d' espionnage et vol aux USA pour avoir révélé des surveillances de masse par la CIA et la NSA aux USA et en GB, il est réfugié à Moscou

[4] Enfant né avec deux sexes

Le bureau des légendes face à la réalité

mer, 25/04/2018 - 14:35

Depuis plus de 10 ans nos technocrates ont fait du système de retraites suédois un mythe fondateur de leur esprit de "réforme". Leur récit légendaire attribue à ce système dit en "comptes notionnels" une série de vertus qu'il convient de confronter à la réalité.

Jusqu'en 1998, le système de retraite en Suède était par répartition, basé sur le salaire moyen des quinze meilleures années et une activité professionnelle d'au moins trente ans pour percevoir une retraite à taux plein.

Une réforme des retraites a été lancée par le gouvernement suédois en 1991, très débattue. Un premier vote a eu lieu au Parlement en 1994 puis un second en 1998. En 2001 le Parlement a adopté la mise en place d'un mécanisme dit « d'équilibre automatique »

Ce serait un "système unique". Rien de plus faux.

Les pensions publiques sont déjà au nombre de trois.

Une protection de base pour les faibles revenus, appelée "pension de garantie", est versée à toute personne de plus de 65 ans résidant en Suède depuis 40 ans, avec réduction d'1/40 par année manquante. La "pension de revenu", financée par une cotisation salariale de 16 % (sur un salaire plafonné) et par une cotisation employeur, est calculée selon le principe des "comptes notionnels". S'y ajoute une pension par capitalisation obligatoire financée par une cotisation salariale de 2,5 %.

Les pensions professionnelles résultent d'une relation de travail dans le cadre de conventions collectives entre employeurs et syndicats. La plupart des salariés en bénéficient sauf quand ils sont exclus d'une convention collective, mais les pensions sont inégales selon les branches ou les entreprises. Ce système est conçu pour avantager les revenus les plus élevés.
Enfin, il y a une épargne-retraite volontaire contractée auprès de banques ou d'assurances. Elle est aussi très inégalitaire.

Quelques chiffres :

10 Millions d'habitants
17 % ont plus de 65 ans
5 % ont plus de 80 ans

Espérance de vie :
82,7 ans pour les femmes
78,4 ans pour les hommes

71 % des travailleurs suédois sont syndiqués (86 % en 1995)

Un système simple qui permet de prévoir sa pension future ?

Même les syndicats suédois, qui pourtant sur leurs sites essayent de faire oeuvre de pédagogie en présentant la diversité des pensions auxquelles les salariés ont droit, ne s'aventurent pas à expliquer la complexité du système des "comptes notionnels" : tout juste parlent-ils d'un capital virtuel que chaque salarié se constitue avec ses cotisations annuelles et surtout qu'il revient à chaque salarié de choisir, à partir de 61 ans, son âge de départ en retraite sachant que le niveau de sa pension dépend de l'espérance de vie de sa génération. Plus tôt il part, plus sa pension sera faible.
Si on ajoute que le rendement de la retraite par capitalisation est aléatoire et que la plupart des pensions professionnelles pour les personnes nées après 1972 sont à cotisations définies (on sait ce qu'on cotise, mais sans garantie d'un taux de remplacement), la lisibilité vantée par nos technocrates est bien fumeuse.

Finies les "réformes" et les manifs : un "pilotage automatique" qui équilibre les finances des régimes de retraite ?

C'est ce qui a fasciné nos technocrates, mais si le fantasme est fort, l'argument est faible.
Le pilotage automatique a du être débranché en 2010, 2011 et 2014 car les pensions auraient dû baisser respectivement de 3 %, 4,3 % et 2,7 % du fait qu'avec la crise les indicateurs économiques étaient plus mauvais que ceux prévus par la mécanique des "comptes notionnels".
En particulier, et ceci nous intéresse de près en tant que retraités, les pensions déjà liquidées sont indexées sur une valeur égale à la croissance des salaires - 1,6 %. Dès que les salaires stagnent, les pensions baissent.
Enfin accroc majeur à la promesse du pilotage automatique "pour l'éternité" : un projet de loi actuellement en débat propose de reporter l'âge minimum de la retraite de 61 à 64 ans, alors que l'idée que chacun choisit son âge de départ devait suffire à équilibrer les finances des régimes de retraite !
Alors qu'ils pouvaient encore compter en moyenne en 2000 sur une pension publique d'environ 60 % de leur salaire de fin de carrière, les Suédois doivent aujourd'hui se satisfaire d'un montant équivalent à environ 53 % de ce revenu, beaucoup moins pour les précaires.
Rien d'étonnant à tout cela : la principale décision de la réforme suédoise de 1994 a été de bloquer "pour l'éternité" les cotisations finançant les retraites à leur niveau de l'époque. Comme la population vieillit, cela veut dire moins de pension pour chaque retraité.

Daniel Rallet

Et demain ?
Les Suédois ne pourront toucher leur retraite versée par l'Etat qu'à partir de 64 ans en 2026, contre 61 actuellement. Ils auront le droit de travailler jusqu'à 69 ans, contre 67 aujourd'hui. Ils pourront même aller au-delà de cette limite s'ils trouvent un accord avec leur employeur…

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Le jeune Marx à l'écran ou comment changer le monde…

mer, 25/04/2018 - 14:35

Karl, Jenny et Friedrich sont à Paris de 1843 à 1845 : une présence discontinue mais très féconde que Raoul Peck a rendue accessible à tous. Avec « Le jeune Marx », le cinéaste choisit de montrer des êtres de chair et de sang, juvéniles, à un moment-clé de leur vie. Un film novateur, salué par la critique et le public…

Quand ils se retrouvent à Paris, ces jeunes bourgeois en rupture de classe, révoltés, indignés, ont déjà progressé dans leurs réflexions sur la marche du monde qui les entoure.


Premières ruptures

Le récit et la répression relatés dans la Gazette Rhénane par Marx, alors jeune journaliste après des études de droit et de philosophie, du ramassage de bois prohibé et réservé aux seuls propriétaires l'ont conduit à se pencher sur la misère sociale et à une critique radicale du droit de propriété. Cette thématique fera l'objet d'une controverse célèbre avec Proudhon rencontré peu après à Paris.
Autre rupture, sur le plan personnel, Jenny von Westphalen, de 4 ans son aînée, rompt avec la destinée promise par son milieu aisé et conservateur pour épouser Karl en juin 1843 et vivre une vie qu'elle sait pour le moins inconfortable, consacrée à « la cause ». Elle jouera un grand rôle dans la réflexion de son époux. Les jeunes mariés âgés de 25 et 29 ans débarquent à Paris après la fermeture imposée du journal pour des critiques séditieuses début 1843.

Un goût pour Paris et la France, une rencontre fondatrice avec Friedrich Engels

Pour tous les exilés réprimés dans leur pays, Paris incarnait la ville du pays des « Lumières », de la Grande Révolution. Le père de Marx se disait libéral « Français de tête », lecteur de Voltaire et Rousseau.
Quand Marx arrive en octobre 1843, il retrouve une colonie de 80 000 « Allemands » exilés dans une ville qui connaît un bouillonnement démocratique, un mouvement ouvrier et culturel dynamique, il y rencontre Proudhon, Bakounine, Courbet et tant d'autres.


Il rencontre aussi Engels, installé à Manchester, hégélien comme lui à l'origine. Ils vont partager, échanger des vues similaires, débouchant sur une amitié intellectuelle et un soutien matériel de la part d'Engels. Marx a découvert à Paris une classe ouvrière organisée et Engels un capitalisme développé en Angleterre.
Ils écriront, publieront, se feront expulser, reviendront clandestinement à Paris et à Bruxelles où « le Manifeste » sera publié en 1848.

Les lieux parisiens de Marx

Très nombreux. Ils concernent des résidences, des hébergements offerts, des lieux de travail, de rencontres et de déambulations, sans qu'aucune plaque les rappelle.
La rue Vaneau (22, 23) fut à la fois lieu de domicile et local des « Annales franco-allemande ». C'est au café de la Régence rue St Honoré (VIIIème) que Marx et Engels se seraient « trouvés » écrivant dans la foulée « la Sainte Famille » ... (voir le site « Paris Révolutionnaire »)

Georges Bouchart

Lire cet article en version longue

Pour en savoir plus :
C'est « Agat films », la maison de production de Robert Guediguian, Nicolas Blanc and co, qui a produit le film. Pour mémoire Rossellini avait renoncé à monter un biopic de Karl Marx.
Raoul Peck est Haïtien de naissance, il a été, un temps, ministre de la culture en Haïti. Il est Berlinois de formation.
Autres films : I am not your Negro (2016), Lumumba (2000)…

Michel Devred, professeur d'histoire géographie au lycée Montebello de Lille, nous parle de la rencontre de ses élèves avec le film

Si j'avais déjà entendu parler de ce film, mon premier contact a été une conférence du réalisateur qui présentait son œuvre à la Fête de l'Humanité. Sa volonté affichée de faire un film en direction des jeunes m'a évidemment incité à monter le projet. Je l'ai donc proposé à mes collègues de SES et de philosophie de Terminales ES et L. En effet, ces notions figurent à leur programme, et en HG, nous traitons le sujet « Socialisme, communisme et syndicalisme en Allemagne depuis 1875 ». Il est considéré comme difficile par les élèves qui manquent de bases et de connaissances précises, depuis que ces thèmes ont quasiment disparu des programmes de première.
L'organisation a été facilitée par nos liens anciens avec une salle d'art et d'essai, et nous avons donc emmené environ 200 élèves assister à une projection dans d'excellentes conditions.

L'intérêt de ce film est de montrer comment des jeunes gens participent à la vie des idées, mais aussi à la politique de leur temps. Il y a donc à la fois une reconstruction historique et une présentation rigoureuse de l'élaboration d'une pensée. La force principale de ce film est, à mon avis, la volonté de montrer que cette réflexion se nourrit et s'enrichit de contacts internationaux. Ces penseurs se déplacent, ils y sont souvent forcés, et leur vie se déroule entre l'Allemagne, Paris et Londres. Raoul Peck a choisi de les faire parler dans la langue du pays d'accueil afin de le montrer. Mais si les débats théoriques sont parfois ardus pour les élèves, le choix de montrer la réalité de la vie quotidienne de ces gens rend les personnages attachants. Ajoutons que l'auteur donne toute leur place aux personnages féminins et à leur rôle dans cette réflexion collective.

Durant la projection, l'attention des élèves a été totale et à la fin, ils ont apprécié un film pourtant jugé « difficile ». La forme classique du film est de ce point de vue un choix judicieux qui facilite l'accès à une œuvre exigeante. De mon point de vue, même s'ils n'ont pas compris parfaitement les subtilités des affrontements entre Marx, Engels, et Proudhon ou Weitling, les élèves ont vu s'incarner une pensée qui pour eux était seulement théorique.

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"De grands soirs en petits matins"

mer, 25/04/2018 - 14:35

Le discours dominant, souvent revanchard, a produit des clichés présentant 1968 comme un « monôme d'étudiants » faisant une irruption imprévue au sein des « trente glorieuses ». Le premier mérite du livre [1] de Ludivine Bantigny [2] est de faire pièce à cette idée.

« Quand la France s'ennuie », titre d'un éditorial de Pierre Viansson-Ponté paru dans Le Monde du 15 mars 1968 a pu laisser croire à un calme précédant la tempête. Ludivine Bantigny nous offre un tableau inédit des « événements de 68 » à partir d'un travail considérable dans les archives certes nationales mais surtout locales. 1967 fut une année de très forte conflictualité sociale engageant tant le monde ouvrier que paysan : la grève de la Rhodiaceta (voir ici) en février-mars 1967, la révolte des agriculteurs, à Quimper, en octobre 67 avec les premiers jets de pavés. Période où plusieurs actions entre la FNSEA et la CGT sont menées conjointement. En janvier 68, à Caen, se déroulent la lutte des ouvriers de la SAVIEM rejoints par les étudiants. Un choc violent eut lieu avec les forces de l'ordre dans la nuit du 26 au 27 janvier. Rétrospectivement, certains évoquent un « banc d'essai ».

L'enchaînement des mobilisations est relaté dans le détail, à partir de la perception des participants : révolte des étudiants, « mouvement du 22 mars », nuits des barricades, féroce répression, journée historique du 13 mai (immense manifestation parisienne et 500 autres en province). S'ensuit l'entrée en grève illimitée de 10 millions de travailleuses et travailleurs avec occupation des lieux de travail. Ludivine Bantigny nous fait appréhender les multiples dimensions de ce moment exceptionnel.


Pour en finir avec le simplisme

L'auteure rejette la grille de lecture distinguant un « mai étudiant » d'un « mai ouvrier » car cette approche fait l'impasse sur l'extraordinaire diversité sociale des acteurs engagés et sur les pratiques effectives de solidarité entre membres de professions différentes dans les grandes villes, bien sûr, mais aussi dans les plus petites localités y compris dans des endroits inattendus comme en Creuse ou en Vendée. Evidemment des incompréhensions existent parfois entre mobilisés, de vives oppositions entre forces syndicales et politiques créent des tensions. C'est le chapitre consacré aux « conflits intérieurs » qui suscitera sans doute le plus de controverses parmi les lecteurs qui ont vécu ces événements : y sont abordées les stratégies du PCF, de la CGT opposées à celles de la CFDT, du PSU, de la JCR et d‘autres formations politiques d'extrême gauche.

Le rôle des affects est bien mis en relief : colère, haine, joie, humour et démultiplication des formes d'expressions artistiques sont constitutives de l'intensité de ces évènements. Les références au passé (La Commune, 1936, la Résistance, la guerre d'Algérie, Charonne…) couplées aux perspectives d'un autre monde stratégiquement pensé ou imaginé et rêvé traduisent les différentes temporalités à l'œuvre. L'épaisseur historique de 1968 ne peut être saisie sans prendre en compte sa dimension internationale : espoir en Cuba, Chine, mouvements aux Etats-Unis contre la guerre du Vietnam, révoltes étudiantes dans plusieurs pays européens… L'internationalisme générait, en France, des engagements effectifs et diversifiés pas seulement des slogans de façade.

Les mobilisations des femmes ont été essentielles mais l'auteure ne cache pas le « retard du féminisme » : la place dominante est donnée aux hommes dans les prises de paroles et la représentation du mouvement. De nombreux tracts évoquent le rôle de mère et de ménagère des femmes et, même du côté des « situationnistes » les plus libertaires, « la femme est associée à son seul corps ».

Ce livre fait, aussi, une place à « l'autre côté » : pouvoir et police. Sont détaillés la violence de la répression avec ses morts « oubliés », la déstabilisation des forces de l'ordre et un pouvoir gaulliste qui hésite avant d'organiser la riposte en s'appuyant sur le levier de la peur. De fait, la mobilisation du 30 mai fut réussie. Les comités de défense de la République (CDR) sont activés au sein desquels des anciens de l'OAS rejoignent les gaullistes.

Imagination collective ou individualisme petit-bourgeois ?

Après la victoire de la droite aux législatives de juin, le retour à l'ordre n'est sans doute pas un retour à la normale. La politisation massive des générations concernées aura des effets propulsifs qui marqueront les années 70. Ludivine Bantigny s'interdit de donner un sens définitif à ces événements mais conteste la thèse selon laquelle la fonction de 68 aurait été de préparer le néolibéralisme par la promotion d'un libéralisme culturel individualiste. Certes, dans Le Nouvel esprit du capitalisme, Luc Boltansky et Eve Chiapello montrent l'extraordinaire capacité de récupération par le système des éléments de contestations qu'il génère. Certes, les parcours ultérieurs de certains acteurs importants de Mai (Cohn-Bendit, Serge July…) pourraient accréditer l'idée d'un social libéralisme consubstantiel à Mai. Au contraire, ce livre fait la démonstration d'un moment de contestation générale de l'ordre établi où s'entremêlent revendications et rêves d'un autre monde, un mouvement interclassiste marqué par d'innombrables pratiques de solidarité concrète : le contraire de l'individualisme.

Jean-Luc Le Guellec

Quelques ouvrages récents de l'auteure

La France à l'heure du monde. De 1981 à nos jours, Paris, Seuil, 2013, rééd. 2018
Prolétaires de tous les pays, qui lave vos chaussettes ? Le genre de l'engagement dans les années 1968, Rennes, PUR, 2017 (en co-direction avec Fanny Bugnon et Fanny Gallot)
La Société française, de 1945 à nos jours, avec Jenny Raflik et Jean Vigreux, Paris, La Documentation française, 2015
La Fabuleuse histoire des journaux lycéens, préface de Cabu, Paris, Les Arènes, 2014

Pour en savoir plus : http://grhis.univ-rouen.fr/grhis/?page_id=362

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[1] 1968, de grands soirs en petits matins, Paris, Seuil, 2018

[2] Ludivine Bantigny est historienne, maître de conférences à l'Université de Rouen

Mai 68 : quand le cinéma s'insurge

mer, 25/04/2018 - 14:35

Alors que les étudiants bloquent les facs, les ouvriers les usines, le cinéma aussi s'arrête, s'interroge, se réinvente et rendra compte, plus tard, des événements.


« Mai 68 : quand le cinéma s'insurge ». Ce titre est repris d'une séance de l'atelier cinéma de l'UTL de Lille en collaboration avec la MESHS (Maison Européenne des Sciences de l'Homme et de la Société), animé par Louisette Faréniaux, maître de conférences honoraire en études cinématographiques, auteure de publications consacrées au cinéma documentaire et au cinéma du Nord, membre de l'équipe organisatrice du Festival audiovisuel régional de l'Acharnière et réalisatrice de documentaires.

Peu de films en effet sont réalisés en 1968. Les débats occupent beaucoup de temps et les difficultés techniques sont nombreuses (notamment avec les grèves des techniciens). Seuls sont tournés des « cinétracts », films très courts (1 seule bobine), pas signés et collectifs (réalisateurs, techniciens, amateurs ou acteurs des événements). Les films réalisés démultiplient les prises de paroles. Ils donnent à voir les multiples composantes du mouvement (ouvrière, paysanne, étudiante), les solidarités, les luttes pour l'égalité. Les étudiants et collectifs filment les ouvriers. Les ouvriers se font cinéastes. Les amateurs s'emparent du super 8 pour accompagner les luttes paysannes. Les collectifs tentent de faire vivre de nouveaux rapports entre techniciens, professionnels et amateurs et inventent de nouveaux modes de diffusion.

Le premier long métrage sur Mai 68 sera diffusé en… 1974, réalisation anglaise (!) présentant un montage d'archives. Le 2e sortira en… 1976. C'est « Grand soir, petit matin » de William Klein, film de synthèse sur les événements à partir des images d'archives. Chris Marker réalisera « Le fonds de l'air est rouge » en 1977 , qui revient sur dix ans d'événements mondiaux et évoque donc mai 68 en France.


Où l'on imaginait une culture service public !

En 1968, le projet des États généraux du cinéma naît d'un mouvement populaire de contestation et de lutte qui vise à faire de la vie culturelle et du cinéma un service public. Il fait naître plusieurs commissions et collectifs. De là sortira la SRF (Société des Réalisateurs de Films). Ce projet est en lien avec les événements mais se place aussi dans le prolongement de deux « affaires » qui voient la profession s'affronter avec l'État et le Centre National de la Cinématographie et qui ont ébranlé le monde du 7e art. Tout d'abord le parcours d'obstacles de Jacques Rivette pour « La religieuse » tourné en 1962 et sorti en 1967 au terme d'une longue lutte contre les censures à répétition, lutte qui verra s'unir les « anciens » et les cinéastes de la Nouvelle Vague. Et « l'affaire Langlois ». Le directeur de la Cinémathèque depuis 1936 est démis de ses fonctions et se voit soutenu par toute la profession et bien au-delà. Il sera rétabli dans ses fonctions suite aux mobilisations en… avril 1968 !

Ces États Généraux sont marqués par une remise en cause du système de l'époque et des propositions de changements. De nombreux débats sont organisés sur les thèmes suivants (liste non exhaustive !)

Toute la profession doit débrayer (sauf dans un premier temps les projectionnistes).
Le spectateur doit être au centre de la création cinématographique.
Le plus grand nombre d'élèves doit recevoir un enseignement à l'image.
Il faut être solidaire avec les personnels de la télévision.
Il faut remettre à plat les rapports très hiérarchisés dans les métiers du cinéma.
...

Le cinéma en suspens… à Cannes

En mai 68, c'est aussi l'arrêt du festival de Cannes. Certains membres du jury démissionnent (Louis Malle, Milos Forman, Monica Vitti…) ; certains réalisateurs retirent leurs films de la compétition (Carlos Saura, Alain Resnais…). Les producteurs tentent de maintenir le festival, en vain. Les débats sont vifs. Sont remis en cause, dans la foulée, les festivals commerciaux et les critères de sélection des films.

Agnès Huret

Pour en savoir +

Le cinéma Mai 68 Éditeur : Montparnasse, octobre 2008. Format : 1.37. 4 DVD - 15 films. 55 €

« Le cinéma s'insurge, états généraux du cinéma » n°1 et 2 , Le Terrain vague 1968 - Coffret Télérama : mai 68 (7 DVD).

Quelques films de l'après 68 : Coup pour coup (Marin Karmitz, 1972) , L'an 01 (Jacques Doillon, 1973), L'horloger de saint Paul (Bertrand Tavernier, 1974), L'une chante, l'autre pas (Agnès Varda, 1976), Le fond de l'air est rouge (Chris Marker,1977), Mourir à trente ans (Romain Goupil,1982), Reprise (Hervé Le Roux, 1996), Les innocents (Bernardo Bertolluci), Les amants réguliers (Philippe Garrel), Nés en 68 (Ducastel et Martineau, 2008), Après mai (Olivier Assayas, 2012), La belle saison (Catherine Corsini, 2015).

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La Rhodia... mémoire des murs des hommes ,du travail

mer, 25/04/2018 - 14:35

Les amis de la maison du Peuple et de la mémoire ouvrière de Besançon ont voulu faire revivre cette épopée industrielle et humaine qui a eu pour cadre les bords du Doubs.

Le 25 février 1967, à l'appel de l'intersyndicale, les ouvriers de l'usine Rhodiaceta de Besançon se mettent en grève et occupent leur usine : une première en France depuis 1936. Une troupe de théâtre vient jouer Antigone ; on parle de Roger Vaillant, de Paul Eluard et... du Vietnam ; on écoute Brassens et bientôt Colette Magny [1]. Les grévistes accueillent les étudiants des facs voisines ; beaucoup d'ouvriers ont presque le même âge et en plus ils habitent les mêmes quartiers ou les mêmes villages.

Un lever de rideau sur Mai 68

Les animateurs de la grève étaient pour nombre d'entre d'eux, membres "d'un étrange groupuscule" le CCPPO [2]. Ils écrivent à Chris Marker qui débarque à Besançon le 9 mars et ce sera la naissance de "À bientôt j'espère", film de Chris Marker et Mario Marret où "les rhodias" jouent leur propre rôle devant la caméra. Les unes et les autres n'ont rien à envier aux stars de la Nouvelle Vague. Les soutiens "parisiens" affluent : Jean-Luc Godard, le voisin suisse, offre une caméra et les grévistes deviennent réalisateurs .

L'aventure de la soie artificielle

L'usine de Besançon était l'un des fleurons du groupe Rhône-Poulenc. Elle avait remplacé en 1954 les Soieries, l'usine où en 1891, H. de Chardonnet, inventeur de la soie artificielle avait mis en application industrielle son procédé : une première mondiale. La viscose, puis le nylon et le tergal, avaient remplacé la soie Chardonnet : l'usine fonctionnait toujours à feu continu.

Le 17 décembre 1977, coup de tonnerre : le trust Rhône-Poulenc annonce qu'il a décidé de fermer l'usine de Besançon. La fermeture d'une usine pour délocaliser la production et mettre au pas cette classe ouvrière qui voulait s'émanciper, ce n'était malheureusement pas une première en France ni à Besançon [3].

La Rhodia n'est pas morte

Cinq années de lutte s'en suivront pour éviter la fermeture mais aussi trouver des solutions de reconversion individuelles et collectives. Laissés à l'abandon pendant 35 ans, les ateliers vont être investis par des graffeurs et devenir une magnifique galerie d'art. Aux portes de l'usine, une salle est consacrée aux musiques nouvelles, "la Rodia" - sans H - nommée ainsi en hommage à ceux qui ont mené de concert action syndicale et action culturelle.

Un Hors-Série
Les paroles, les écrits et les gestes de "ceux qu'on embauche, qu'on remercie, qu'on augmente, qu'on diminue, qu'on manipule,qu'on fouille,qu'on assomme... de ce qui ont trop à dire pour pouvoir le dire…" de ceux qui sont aussi " du côté de la Liberté, de la Vie, du Soleil, de la Joie, du côté de demain " [4] ne pouvaient entrer dans un cadre conventionnel ; ils figurent dans un "un objet éditorial non identifié", à la fois chronique d'une aventure industrielle et d'une épopée ouvrière ,recueil de témoignages et magnifique livre d'images. Le témoignage poignant d'Albert Laurent, électricien et militant CGT, clôt ce Hors-Série : le 24 décembre 1982, il a coupé la lumière et l'usine s'est définitivement arrêtée.

Jean-Pierre Billot

Pour se procurer cet ouvrage

Envoyer vos coordonnées et un chèque de 20 euros (15 euros + 5 euros de frais de port) à l'ordre des Amis de la Maison du Peuple à : Claude Barbe, 10 chemin de Canot, 25000 Besançon

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[1] Chanteuse(1926/1997), auteure-compositeure et interprète engagée, à découvrir ou à redécouvrir d'urgence

[2] Centre Culturel Populaire de Palente-les Orchamps,une association culturelle animée par des militants politiques et syndicaux dont beaucoup vivaient dans le quartier bisontin de Palente-les Orchamps

[3] Lip est un autre exemple de démantèlement ; Lip-Rhodia (cf. L'US - Retraités du 24 octobre 2015)

[4] Extrait d'un texte de Pol Cébe (1926/1985) bibliothécaire du CE Rhodia, militant syndical, politique et agitateur culturel : un des fondateurs du CCPPO et du groupe Medvedkine.

Pour obtenir un permis de conduire international, les délais peuvent être très longs

mer, 25/04/2018 - 14:35


Dans cette rubrique, Marie-Louise Billy et Robert Jacquin vous répondent ; envoyez vos questions à L'US-Retraités, 46, avenue d'Ivry, 75647 Paris Cédex 13 ou par mail à enretraite@snes.edu.
Permanence téléphonique le jeudi : 01 40 63 27 32 et 01 40 63 27 31.

Les personnes qui veulent circuler en voiture hors de l'Union Européenne doivent être dotées d'un permis international, même pour quelques jours.

La demande devant se faire dorénavant par courrier, la durée de traitement du dossier peut s'en trouver prolongée de plusieurs semaines. Ce permis est un complément au permis français dont il est une traduction certifiée conforme. Il est valable trois mois ou pour une durée de validité égale à celle du permis si celle-ci est inférieure à trois ans.
Le conducteur doit pour l'obtenir remplir le formulaire cerfa n° 14881-01 et joindre une copie couleur recto–verso de son permis de conduire et de sa pièce d'identité, un justificatif de domicile, deux photos et une enveloppe prête à poster en lettre suivie de 50 g, libellée à ses nom et adresse. Cette demande doit se faire très en amont du départ à l'étranger.

Attention ! Le ministère de l'intérieur signale que « tous les États ne reconnaissent pas le permis international ». Pour connaitre les règles en vigueur dans les pays de destination, les voyageurs peuvent consulter le site du ministère de l'Europe et des Affaires Étrangères ou consulter les services consulaires du pays concerné.

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Ce qu'apporte de nouveau le projet de loi sur la protection des données personnelles

mer, 25/04/2018 - 14:35


Dans cette rubrique, Marie-Louise Billy et Robert Jacquin vous répondent ; envoyez vos questions à L'US-Retraités, 46, avenue d'Ivry, 75647 Paris Cédex 13 ou par mail à enretraite@snes.edu.
Permanence téléphonique le jeudi : 01 40 63 27 32 et 01 40 63 27 31.

Adopté par l'Assemblée Nationale mi-février, ce projet de loi vise à se mettre en conformité avec le « paquet européen des données ». Il est examiné au Sénat depuis le 20 mars et, approuvé, il entrera en vigueur à partir du 25 mai 2018.

Ce projet révise la loi informatique et libertés de 1978. Il comprend notamment le Règlement général sur la protection des données personnelles (RGPD) et une directive applicable aux fichiers pénaux. Il instaure « davantage de transparence pour les internautes européens sur l'utilisation de leurs données personnelles » (nom, prénom, âge, genre...). Il permet de donner aux citoyens de nouveaux droits comme « l'effacement des données » - droit à l'oubli - et à la portabilité des données (récupération de ses données). Un sondage CSA de septembre 2017 indique que 85 % des Français sont préoccupés par la protection de leurs données personnelles et 90 % de leurs données en ligne.

Les apports du projet de loi :

- il fixe la majorité numérique à 15 ans

À partir de cet âge, un adolescent pourra officiellement s'inscrire sur un réseau social ou sur une autre plate-forme collectant les données personnelles. Entre 13 et 15 ans, le consentement des parents devra être nécessaire. Le règlement européen fixe cette majorité à 16 ans, mais autorise les États membres à l'abaisser jusqu'à 13 ans. Actuellement, les plates-formes fixaient elles-mêmes l'âge pour créer un compte sur les réseaux sociaux, par exemple Facebook sans autorisation parentale le permettait à 13 ans. Un problème va se poser pour l'application de la majorité car selon une étude de la CNIL de juin 2017 : « 63,7 % des 11-14 ans sont inscrits à un réseau social et 4 sur 10 mentent sur leur âge ».

- il ouvre un droit pour une action de groupe

En cas d'utilisation abusive de données personnelles, le groupe peut demander, pour préjudice « d'ordre matériel et moral », une indemnisation financière. Des poursuites peuvent être engagées contre un responsable du traitement ou un sous-traitant des données personnelles .

- il fixe un contrôle a posteriori pour les entreprises

Le projet de loi remplace le système de contrôle a priori - avec des déclarations et autorisations préalables - par un contrôle a posteriori, à l'exception des données sensibles (données biométriques...) qui restent sous le contrôle a priori. En France, l'autorité compétente étant la CNIL, les sociétés responsables des informations collectées devront la prévenir au plus vite en cas de perte, vol ou divulgation. Ces entreprises pourront encourir une sanction pouvant s'élever à 4 % de leur chiffre d'affaires mondial.

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Il est grand temps

mer, 25/04/2018 - 14:35

La situation des EHPAD n'est pas digne d'un pays aussi riche que le nôtre. Elle ne peut plus durer.

Il est urgent de mettre en place un Service public de la perte d'autonomie avec des personnels en nombre suffisant, bien formés, spécialisés, bien rémunérés, protégés par un statut et des conventions collectives. Seul le Service public est garant de qualité et d'égalité sur tout le territoire. L'EHPAD a pour mission de « prendre soin » de la personne âgée au sens le plus large du terme, mission qui nécessite des moyens financiers et humains.

Avec les personnels, médecins et directeurs d'EHPAD en lutte, le SNES-FSU revendique :
l'application d'un ratio d'un agent par résident,
l'abrogation de la loi sur la tarification,
un nombre suffisant de personnels formés à qui on offre des conditions de travail très améliorées,
des créations en suffisance d'EHPAD publics sur tout le territoire.
Familles et patients doivent être en mesure de choisir entre les différentes modalités de prise en charge (EHPAD ou domicile). Cela impose notamment la suppression du reste à charge.

Le SNES-FSU rappelle la revendication du groupe des 9 : financement de la perte d'autonomie assuré à 100 % par la Sécurité sociale.

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Des EHPAD de qualité : une nécessité

mer, 25/04/2018 - 14:35

On observe depuis quelques années une forte dégradation du fonctionnement des EHPAD. Les causes en sont multiples : le taux d'encadrement faible, l'entrée en établissement à un âge de plus en plus avancé, l'augmentation des maladies neuro-dégénératives, le coût exorbitant compte-tenu du niveau médian des pensions... La prise de conscience collective de la situation dans les EHPAD doit déboucher sur des mesures concrètes et rapides.

Le maintien au domicile : parfois une existence plus qu'une vie réelle

Le maintien à domicile est présenté comme la solution. Or, la fin de vie au domicile est déjà massive, elle correspond à un goût, un choix (70 % à domicile après 85 ans, selon l'INED). Fait nouveau elle est encouragée par les politiques publiques (lois, schémas départementaux…), le plus souvent, sans le dire, pour des raisons de moindre coût pour la collectivité. Ces politiques n'ont de sens que si elles s'accompagnent d'un environnement satisfaisant : des intervenants qualifiés au domicile et un accès aux soins aisé ce qui devient de plus en plus difficile avec la diminution de la médecine de ville. De plus, le maintien au domicile n'est pas forcément la panacée. Les organismes d'intervention à domicile sont souvent débordés et en crise, ce qui se traduit souvent par une multiplicité d'intervenants et un turn-over. L'isolement de la personne ou du couple âgé est réel. Or la vie est relation à l'autre, à l'ouverture culturelle et on ne peut s'en remettre à un défilé d'intervenants et à un tête à tête avec des écrans et la télésurveillance.

Nécessité d'un accueil en établissement quand l'autonomie devient limitée

Quand se déplacer devient très difficile, les soins corporels élémentaires pénibles, s'alimenter une complication, « la Poste » et autres officines ne suffisent pas.

À cela s'ajoute l'augmentation des maladies neuro-dégénératives liée à l'allongement de la durée de la vie dont il faut prendre en compte les redoutables conséquences. Il faut aussi considérer la situation du ou des aidants, quand ils existent.

Pour une redéfinition du rôle des EHPAD

L'EHPAD de demain ne doit pas être la seule solution à l'hébergement des personnes âgées en perte d'autonomie. Il est nécessaire, d'une part, d'intervenir le plus en amont possible dans le cadre du parcours de la personne et, d'autre part, de coordonner les différents types de services (rôle possible des plates-formes territoriales d'appui).

Par ailleurs, l'EHPAD devrait apparaître comme un lieu d'amélioration de la situation de la personne, donc définir un projet de réadaptation dès l'entrée et son suivi en tenant compte du mode de vie à domicile et de l'autonomie antérieure (cf. les 30 jours pris en charge par l'assurance maladie à la sortie de l'hôpital dans le cadre du dispositif PAERPA - Personnes Âgées En Risque de Perte d'Autonomie).
Une urgence d'actualité.

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Légitimes revendications des personnels en souffrance

mer, 25/04/2018 - 14:35

Les organisations syndicales représentant la totalité des salariés des secteurs EHPAD publics et privés, les hôpitaux gériatriques, ainsi que les services de soins à domicile restent mobilisés ensemble en l'absence de vraies réponses à leurs demandes.

Quinze ans après la canicule de 2003, où en est-on ?
La loi d'adaptation de la société au vieillissement (2015) n'a pas résolu les problèmes.
En juillet 2017, les personnels de l'EHPAD privé de Foucherans déclenchent une grève de 117 jours, devant la situation catastrophique qui est la leur, à laquelle s'ajoute la nouvelle tarification des EHPAD (voir encadré).
Le gouvernement reste sourd à leurs revendications malgré les nombreux rapports et autres missions flash diligentés par le gouvernement
Le 30 janvier, une journée nationale de grève réunit les personnels des établissements et de l'aide à domicile, à l'appel des syndicats du secteur, action soutenue par l'opinion publique et à laquelle le groupe des neuf apporte tout son soutien.
« Nous ne nous tairons plus », déclara le président de l'AD-PA, association de directeurs d'établissement pour personnes âgées.
Le 15 mars, l'action est reconduite, dans un appel encore plus large d'organisations et syndicats.

Que demandent les personnels ?
D'abord, pour des conditions d'exercice décentes et la dignité des personnes soignées, l'augmentation du taux d'encadrement : « un pour un », un soignant pour un résident, alors que la moyenne actuelle est de six pour dix. Leurs revendications portent en même temps sur la revalorisation de leur métier (salaires, formation, résorption de la précarité, respect du statut, reconnaissance de la pénibilité de leur métier...).
Pour cela, ils exigent la mise en place d'un financement pérenne et solidaire de l'aide à l'autonomie.
Et, au-delà des mesures d'urgences nécessaires, les personnels insistent sur la nécessité d'instaurer un débat politique large débouchant sur la création d'une prestation autonomie.

Une telle mobilisation unitaire révèle bien la situation d'urgence dans laquelle se trouvent les EHPAD et l'absence de réelle réponse à la gravité de la situation.

Convergence tarifaire

Depuis janvier 2017, la nouvelle dotation des EHPAD, à enveloppe constante, assimilant public et privé, provoque des transferts importants vers le privé (plus de 200 millions) .
Le décret n° 2016-1814 du 20 décembre 2016 fixe le taux d'évolution des dotations forfaitaires soins et dépendance. Pour les deux, s'opère désormais un calcul uniquement basé sur un point GIR [1] départemental fixé de manière uniforme tous statuts confondus. Le décret impose aussi un forfait dépendance calculé sur les charges moyennes constatées dans l'ensemble des EHPAD du département et non sur les publics accueillis et la masse salariale.
Or les règles et contraintes de l'emploi public, (respect du statut, de la grille indiciaire…) les opposent aux cadeaux faits aux EHPAD privés qui bénéficient du CICE [2] , du CITS [3] et autres. La convergence tarifaire a des conséquences catastrophiques dans les EHPAD publics : baisse des dotations, suppression d'emplois et obligation d'augmenter les tarifs donc le reste à charge.
Rapports parlementaires, interventions d'associations, de personnels, de directeurs, résidents , familles , syndicats de personnels, groupe des 9, dénoncent cette situation et exigent un moratoire.

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[1] GIR : groupe iso-ressources permettant de classer les niveaux de dépendance

[2] CICE : crédit impôt compétitivité emploi

[3] CITS : crédit d'impôt de taxes sur les salaires

EHPAD comparaisons Public/Privé

mer, 25/04/2018 - 14:35

Le public gère 44 % des EHPAD, le privé associatif 33 %, le privé lucratif 25 %. Quelles sont les différences en matière de coût, d'implantation, de taux d'encadrement et de qualité de services et d'accueil ?

Les EHPAD publics sont gérés par un CCAS [1] ou un hôpital local. Ceux du privé sont, soit associatifs (mutuelles, caisse de retraite, congrégations religieuses ou associations laïques), soit des entreprises commerciales : grands groupes privés nationaux ou bien des entreprises familiales à l'échelle local ou régional.

En matière de coût [2] (part des usagers) : le coût médian d'hébergement en France est de 1 740 euros par mois mais celui des établissements privés est de 2 620 € et même beaucoup plus à Paris et dans les Hauts de Seine (3 154 €) . Ces chiffres sont à mettre en relation avec le montant moyen des retraites (1 376 €) et celui du minimum vieillesse 833 € en avril !

Rentabilité vous dis-je ?

On note une augmentation du privé lucratif de 38% entre 1971 et 2010. Trois groupes se partagent 32 % des places : ORPEA, DOMUS, KORIAN. Ce dernier est même côté en bourse et a doublé le dividende de ses actionnaires en cinq ans. Le privé est devenu un produit d'investissement qui intéresse les fonds de pension et les épargnants.
Une bonne raison de soutenir la revendication syndicale d'une prise en charge de l'autonomie par la Sécurité Sociale et d'une augmentation sensible du nombre d'EHPAD publics.

En matière d'implantation : les EHPAD privés non lucratifs sont davantage implantés dans l'Est, le Nord et en Pays de Loire tandis que les commerciaux sont plus présents en Ile de France, en Nouvelle Aquitaine ainsi qu'en Provence Côte d'Azur.

En matière de taux d'encadrement et de qualité de services et d'accueil : le taux d'encadrement est inférieur dans les établissement privés (61 personnels pour 100 résidents, 80 pour 100 pour les établissements publics les mieux dotés rattachés à un hôpital). Ceux-ci par ailleurs accueillent tout public y compris les habilités à l'aide sociale : c'est une des missions de service public de santé !

Un signe !

Alors que les retraités et les personnels des EHPAD étaient mobilisés, 15 mars 2018 , deux députées Monique Iborra (LREM) et Caroline Fiat (FI) ont déposé devant l'Assemblée Nationale un rapport [3] sur le fonctionnement des EHPAD ! Elles préconisent des mesures pour soutenir tout de suite les EHPAD et leurs personnels en crise : fin de la convergence tarifaire (suspension ou abrogation du décret « tarification et convergence », embauche et formation. À moyen terme, elles recommandent un changement de modèle avec un EHPAD refondé, plateforme de services et acteur pivot du maintien à domicile. Le sujet central de ce rapport n'est-il pas au bout du compte le financement de la perte d'autonomie, sujet que les gouvernements successifs ont soigneusement évités ?

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[1] Centre Communal d'Action Sociale

[2] Tous les chiffres relèvent de l'Enquête publiée par la CNSA (Caisse Nationale de Solidarité pour l'autonomie en Novembre 2017

[3] http://www.assemblee-nationale.fr/15/rap-info/i0769.asp

La question du bien-être

mer, 25/04/2018 - 14:35

Qui se soucie de la qualité de vie du résident en EHPAD ? L'enquête, citée par H. Rouillier dans son article de l'Obs, donne guère plus de 40 % des psychologues travaillant en gérontologie, comme employés à temps partiel.

Leur recrutement en EHPAD résulte de l'arrêté du 26 avril 1999 lié au cahier des charges prévu par le code de l'action sociale et des familles (art.L313-12) pour les établissements de soins de longue durée ; arrêté remplacé par celui du 3 mars 2017 après l'entrée en vigueur de la loi du 28/12/2015 (loi ASV). L'arrêté de mars 2017 fixe le cadre des CPOM [1] substitués aux conventions tripartites qui devaient être signées établissement par établissement.
Dans les objectifs : la question des soins palliatifs et de l'hospitalisation à domicile d'une part, et d'autre part les enjeux de niveau d'activité, d'organisation interne et de qualité de la prise en charge et de l'accompagnement des personnes. La lecture des textes réglementaires ne permet pas de conclure que la qualité de vie des résidents est la priorité. Le mouvement social dans les EHPAD confirme cette réalité.
C'est donc aux psychologues, dans leur contact et leur pratique, de travailler au bien-être des résidents et des soignants.
Ils partent d'un constat : l'EHPAD est l'avant-dernière demeure, et certains évaluent à 5% le nombre de résidents « entrés en EHPAD de leur propre chef ».
Horaires contraints, intimité réduite, dépossession de soi, isolement ou tiers inconnus voire incongrus, tel est le lot commun.
Les psychologues répondent à ces ruptures par la construction attentive d'un « projet personnalisé » (centres d'intérêts, préférences alimentaires) pour assurer une continuité avec la vie antérieure, y compris du point de vue de l'affect et en lien avec la famille, nécessaire à tous égards.
Mais que peut un psychologue présent deux jours par semaine ? Un psychologue qui doit remplir des grilles (AGGIR) et utiliser des référentiels (PATHOS) imposés par l'ARS ? Comment faire rentrer de l'humain dans des cases, des plannings, des budgets et des profits pour les actionnaires ?

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[1] CPOM : contrat pluriannuel d'objectifs et de moyens

Témoignages

mer, 25/04/2018 - 14:34

Témoignages

Pour la dignité de vie des résidents en EHPAD

Je suis une « aidante familiale ». Mon père, atteint de la maladie d'Alzheimer, vit dans un EHPAD, en unité fermée de 15 personnes. Un cadre confortable, des personnels relativement stables et à l'écoute, des activités pour les résidents, des « animations » avec les familles, autant de points positifs.
Deux aides-soignantes en journée, mais une seule la nuit, qui s'absente pour sa tournée à un étage de « valides » alors que des résidents « déambulent ». Aucun personnel le matin à la relève : sur ce temps bref, déjà des violences entre résidents, ce qui pose la question de leur sécurité. Pas d'infirmière la nuit. Un médecin coordonnateur présent deux jours par semaine car partagé avec deux autres EHPAD. Une énième « galère » (de 3 mois) pour faire intervenir un dentiste sur un appareil.
4 emplois aidés supprimés. Le Préfet en a généreusement « rendu » un après intervention du Conseil de Vie Sociale. Au 2e étage, pour être sûres que tous les résidents mangent le soir, les familles se relaient faute de personnels suffisants.
Une secrétaire part à la retraite. C'est un « pilier » de l'EHPAD, connaissant les familles, travaillant le samedi matin à l'accueil dans l'intérêt des « aidants » actifs, dont certains habitent parfois loin. Sa remplaçante est recrutée en service civique pour 23 h hebdomadaires, sur 6 mois (et avec une indemnité d'environ 600 euros !!!). "Contraintes budgétaires", répond le directeur.

Nous étions en famille à la manif des personnels des ehpad le 30 janvier pour soutenir leurs revendications. Comment parler du projet de vie des résidents, du respect de leur dignité sans moyens financiers et humains ??!!

Des personnels dévoués mais pas assez nombreux

Mon père séjourne dans un EHPAD public depuis plus de 5 ans. Les moyens en personnels sont plutôt au-dessus de la moyenne (0,73/1), l'établissement accueille 120 résidents et dispose entre autres d'une psychologue à temps plein, d'une ergothérapeute, d'une psychomotricienne, de 2 animatrices. Le personnel est relativement stable, très dévoué et attentif aux résidents, les activités nombreuses et variées, les troubles cognitifs bien pris en charge (existence d'un PASA [1] depuis 3 ans). Malgré tout on sent bien qu'à certains moments les rouages se grippent, notamment pendant les vacances et en cas d'épidémie, et régulièrement le week-end. Il est arrivé qu'une aide-soignante se retrouve seule pour plus de 30 résidents, la directrice n'ayant trouvé personne en interim.

De la situation des EHPAD dans le Val-de-Marne
Les Conseils de la Vie Sociale

L'Inter-CVS créé dans le département du Val-de-Marne en 2015 réunit les représentants des familles élus dans les Conseils de la Vie Sociale des EHPAD. Ces instances pourtant réglementaires, et éléments de propositions au sein des établissements, ont beaucoup tardé à se mettre en place et peu d'entre eux ont un fonctionnement optimum.
Il y a 75 EHPAD sous statut public, privé ou associatif, qui accueillent une partie de la population val-de-marnaise. Malgré la création d'établissements nouveaux, le nombre de places proposé dans le département ne suffisant pas pour faire face à la demande, certaines familles doivent trouver un hébergement éloigné, en Seine-et-Marne, dans l'Essonne, voire en province. Mais le réseau Inter-CVS 94 ne représente que 26 établissements.
C'est le lieu d'échanges où chacun s'exprime librement, lieu de partage des pratiques avec leur lot de remarques, difficultés et dysfonctionnements rencontrés.
La situation vécue dans le Val-de-Marne s'apparente à ce qui a été très justement décrit lors des dernières manifestations et communications médiatiques, même si sur le terrain, se trouvent le meilleur et quelquefois le moins bien.
Le projet d'établissement, l'existence d'un responsable qualité, la hiérarchisation (rôle charnière important des cadres de santé) et la délégation des responsabilités au sein de l'établissement sont indispensables pour une gestion rigoureuse et adaptée, donc efficace, au bénéfice des résidents, mais aussi des personnels. Il ressort que ce n'est pas toujours le cas.
De plus, la prise en charge des personnes âgées dans les établissements est devenue au fil des années particulièrement délicate. En effet, nombre d'entre elles désirent rester à domicile le plus longtemps possible, entourées de leurs aidants familiaux ou familiers voire d'intervenants des services à domicile. Le reste à charge financier est également un obstacle majeur. En conséquence, lorsqu'elles entrent en EHPAD, elles sont très âgées et souffrent de poly-pathologies souvent lourdes.
Il s'ensuit un accroissement des difficultés de prise en charge par les personnels soignants, aides soignants et de service dont l'effectif qui n'a pas été augmenté (et qui est menacé de réduction par les nouvelles règlementations) ne leur permet plus d'assurer dans de bonnes conditions les soins plus complexes et requérant plus de temps. Ils sont très frustrés de devoir réduire leur fonction à la dispensation de gestes techniques.
La mission parlementaire dirigée par la députée Madame Iborrra a visité plusieurs EHPAD dans les régions dont deux dans le Val-de-Marne. Son rapport rend compte assez fidèlement de la réalité de la situation, ses préconisations sont des pistes intéressantes et pourraient pallier une partie des problèmes sous réserve qu'elles soient retenues et suivies d'effets budgétaires.

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[1] PASA : pôle d'activités et soins adaptés

Entretien avec Claudette Brialix

mer, 25/04/2018 - 14:34

La Fédération Nationale des Associations et des Amis des Personnes Âgées et de leurs familles (FNAPAEF) est une association de loi 1901 ayant pour objectif la mise en œuvre d'un accompagnement de qualité de la personne âgée fragilisée, en concertation avec les pouvoirs publics. La FNAPAEF est présente sur toutes les questions relatives à la filière gériatrique (perte d'autonomie, du domicile à l'EHPAD, accompagnement en milieu hospitalier mais aussi problèmes des aidants).

Claudette Brialix est vice-présidente de la FNAPAEF et présidente de Bien Vieillir Ensemble 36.

Quel rôle joue votre fédération auprès des personnes âgées ?

La FNAPAEF privilégie le partenariat avec les associations de directeurs et avec les professionnels (dont les instances syndicales) et se positionne comme une courroie de transmission entre le terrain, où elle est très présente à travers son réseau d'associations locales, et les Pouvoirs Publics où elle est reconnue et régulièrement consultée sur les questions relatives à l'adaptation de la société au vieillissement et à la perte d'autonomie. Elle est membre du HCFEA, administrateur de l'UNIOPSS et membre de la CNSA.

Quel regard portez-vous sur la situation actuelle des EHPAD ?

Depuis 15 ans, nous alertons sur les difficultés rencontrées en EHPAD lesquelles n'ont fait que s'aggraver au fil des années. Nous attendions un mouvement de protestation national car pendant longtemps la société ne voulait pas entendre la réalité du vécu des personnes âgées. Nous participons à ce mouvement et souhaitons qu'il continue car jusqu'à présent, à l'exception du rapport parlementaire de Mmes IBORRA et FIAT, ce ne sont pas les « mesurettes » annoncées qui vont résoudre le problème de fond : financement de la perte d'autonomie.

Depuis 15 ans, les personnes âgées sont accueillies en EHPAD plus tardivement (85 ans) et ont une situation de santé beaucoup plus dégradée. Elles souffrent de multi-pathologies et les maladies cognitives sont aujourd'hui dominantes (Alzheimer ou assimilé). De plus on oublie que la première mission des EHPAD est de permettre aux personnes accueillies de maintenir les capacités qui leur restent et de leur assurer un cadre de vie le plus agréable possible. L'EHPAD est un lieu de vie où l'on soigne et pas un lieu de soins où l'on vit.

Quelles sont vos attentes pour une réelle amélioration ?

Les propositions du rapport IBORRA, FIAT permettraient une amélioration sensible de la situation. Mais le financement de la perte d'autonomie toujours reporté est le préalable à toute réponse. Nous sommes pour un financement public reposant sur la solidarité nationale.

Sur les établissements, il convient de faire évoluer le concept. Mais ceci doit s'opérer sans précipitation et en concertation avec les usagers. Leur parole ne saurait être portée par les seuls professionnels. La rationalité financière ne peut être le seul argument. Or en ce moment c'est souvent le seul.

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Quel avenir pour les « avancé.e.s en âge » ?

mer, 25/04/2018 - 14:34

Offrir à celles et ceux qui ne peuvent plus vivre chez eux un accueil, des soins, une vie digne semblerait un minimum. Ne mesure-t-on pas le degré de développement d'un pays à la façon dont il traite ses « anciens » ?

La loi sur l'adaptation de la société au vieillissement a totalement occulté la question des EHPAD, une niche financière pour les multinationales dans les établissements privés à but lucratif alors que le nombre de places dans le public est insuffisant. Elle néglige la question des conditions de formation, de travail et de rémunération des personnels. La grève du 30 janvier, la manifestation du 15 mars ont pourtant souligné le scandale d'une telle situation. Elles ont sensibilisé l'opinion publique souvent confrontée au problème et ont permis d'imposer un débat national sur la prise en charge des personnes en perte d'autonomie. Le gouvernement reste sourd au reste à charge exorbitant pour les pensionnaires et leurs familles et met en avant une mauvaise organisation du secteur, exaspérant un peu plus les personnels épuisés par leurs conditions d'exercice du métier : manque criant d'effectifs de soignants, minutage en accéléré des temps pour s'occuper de chaque malade, on entre vite dans la maltraitance, surtout pour les plus dépendants. Toilette expédiée, malade abandonné sur son lit ou son fauteuil, gavage à la cuillère : pas le temps, pas le loisir de s'occuper de chacun.

Les questions à traiter sont nombreuses

Le coût des EPHAD pour les résidents et leurs familles : chers, très chers EHPAD, ils exigent parfois de vendre ses biens pour payer ou de faire porter le poids du coût sur ses proches. Le manque de places dans le public pèse sur les décisions à prendre, surtout dans les zones urbaines où les prix grimpent.

Les besoins des personnels en nombre et en formation : c'est la première revendication des personnels à tous niveaux. Les personnels souffrent, n'arrivent pas à faire leur travail correctement, se sentent maltraitants, se voient en butte aux reproches sans avoir la possibilité de faire mieux. L'encadrement n'est pas toujours à la hauteur, exige rapidité plutôt qu'attention au malade, à ses besoins, à ses désirs... Les conditions de travail et de rémunération ne favorisent pas le recrutement, la charge psychique n'est pas prise en compte. La suppression des contrats aidés – qui ne sont pas la solution mais apportaient une aide indispensable – a encore aggravé la situation. Le ratio d'un personnel pour une personne accompagnée en établissement était pourtant prévu dans le plan solidarité grand âge de 2006.

Le suivi et la vigilance médicale : le manque de médecins (40 % des établissements n'ont pas de médecins coordinateurs) et d'infirmières pose le problème des soins. Et la charge revient aux aides soigant-e-s qui n'ont souvent pas de formation ni de soutien.

La responsabilité de l'État et la réforme globale du financement du secteur : comment donner des moyens suffisants aux établissements d'accueil ? Les gouvernements successifs depuis une décennie n'ont pas tenu leurs engagements et les dernières mesures de la ministre de la santé ne vont pas améliorer durablement la situation. Elles n'offrent pas de perspectives claires et ne vont pas dans le sens de la mise en place d'un service public adapté. Les manifestant.e.s réclament la mise en place d'un financement pérenne et solidaire de l'aide à l'autonomie, avec la création d'un prestation autonomie.

L'avenir : si la plupart des retraités sont en (relative) bonne santé, l'espérance de vie s'étant allongée, ils seront dans les années à venir de plus en plus nombreux à avoir besoin d'une prise en charge totale. La perte d'autonomie devrait concerner 2,6 millions de personnes âgées en 2060, selon l'INED.
Et gouverner, c'est prévoir...

Des chiffres sur les EHPAD [1]

On compte environ 728 000 personnes vivant dans 7 428 EHPAD avec une moyenne d'âge à l'entrée de 85 ans. Cinq résidents sur six bénéficient de l'APA. Plus d'un sur cinq est touché par la maladie d'Alzheimer ou maladies apparentées : 57 % des résidents sont en situation de dépendance.
Les établissements sont en majorité publics (44 %) ; ils sont privés associatifs pour 31 % ou bien privés lucratifs (25 %).
Le coût médian d'hébergement, laissé à la charge du résident (moins les aides diverses notamment l'APA) est de 1 740 euros par mois (la moitié des résidents paient moins et l'autre moitié plus). Il est de 3 154 euros à Paris ou dans les Hauts de Seine et 1 616 euros dans la Meuse.
Le taux d'équipement par département est de 171 sur 1 000 habitants en Lozère, 162 en Ardèche contre seulement 39 à Paris.
Le taux d'encadrement moyen dans les EHPAD français est de 0,57 soignant pour un résident (moins de 60 agents pour 100 résidents) alors que, dans les pays nordiques, le ratio est d'un soignant pour un résident.

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[1] Enquête publiée par la CNSA (Caisse Nationale de Solidarité pour l'autonomie en Novembre 2017

La révolte

mer, 25/04/2018 - 14:34

Scandale : quand soins aux personnes en perte d'autonomie rime avec maltraitance et profits pour quelques grands groupes... L'opinion publique s'indigne du sort réservé aux personnes en perte d'autonomie. Les personnels s'exaspèrent de l'absence de réponses réelles à leurs revendications. Comment peut-on ne pas être attentifs aux besoins des plus âgés et de ceux qui les prennent en charge ?

Il y a urgence !

Sommaire

Dossier réalisé par Dominique Balducci, Jean-Paul Beauquier, Georges Bouchart, Marylène Cahouet, Annie Eveno, Danièle Henry, Marie-Laurence Moros, Michèle Olivain, Martine Stemper, Jean-Louis Viguier.

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De l'utilité de certains syndicats

mer, 25/04/2018 - 14:34

Il était une fois un département de la France profonde où la mise en place du CDCA avait pris du temps, beaucoup de temps. Et rencontré l'hostilité d'autres syndicats...

Enfin, un arrêté du 30/01/2018, fixant sa composition, attribuait à la FSU un siège dans chacune des 2 formations (personnes âgées et personnes handicapées) et la réunion d'installation était convoquée pour le 13 mars 2018.

Une réunion intersyndicale avait été organisée pour la préparer de manière unitaire, notamment sur le règlement intérieur, mais ni l'UNSA, ni la CFDT, bien qu'invités, n'avaient jugé utile d'y participer.

Le 8 mars, on apprenait que, suite au recours de 2 syndicats, dont l'un, la CFDT, contestait notamment la représentativité de la FSU pour la formation « personnes handicapées », l'arrêté devait être réécrit et l'installation reportée.

Malgré nos protestations et un courrier au président du Conseil Départemental, sur le nouvel arrêté, la FSU a disparu de la formation « personnes handicapées » !

Par ailleurs, l'UNSA a fait exclure la FGR-FP du CDCA de la Haute-Garonne (personnes âgées) et la FSU de celui du Tarn et Garonne (personnes handicapées).

Chacun appréciera.

Jean-Louis Viguier

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CDCA : un levier pour l'action

mer, 25/04/2018 - 14:34

Malgré les différences de fonctionnement des Conseils Départementaux de la Citoyenneté et de l'Autonomie selon les départements, la mise en place d'une réflexion commune autour d'analyses et de propositions renforce notre détermination.

L'académie d'Orléans-Tours (et la région Centre Val de Loire) est composée de six départements. Après la publication des décrets, l'installation de chaque CDCA a pris du temps : de mai 2017 pour le Loir-et-Cher jusqu'à avril 2018 pour le Cher. Les sections départementales FSU ont demandé et obtenu 1 siège dans la commission « personnes âgées » (1 titulaire et 1 suppléant) et 1 siège dans la commission « personnes handicapées » pour 2 des 6 départements.

Même si nous avons pu nous appuyer sur les représentants de l'ex-Coderpa, pour beaucoup d'entre nous, c'était une première. Comment intervenir dans des instances où la représentation syndicale est très minorée, avec un décret laissant beaucoup de décisions aux politiques départementales ?

Dès le début, nous avons échangé et constaté une grande disparité concernant l'information des représentants et les projets de réglement intérieur notamment. Il a donc été décidé, dans le cadre du CFR Centre Val de Loire, de nous réunir pour trouver ensemble ce que nous pourrions défendre, proposer, faire évoluer dans chaque CDCA.

La 1ère réunion, à laquelle participait Marylène Cahouet, s'est tenue en décembre 2017 (une quinzaine de participants) : état des lieux de chaque département, informations générales et surtout étude des différents règlements intérieurs. Nous avons ainsi défini des demandes communes en particulier sur le remboursement des frais de déplacement. Des règlements intérieurs ont pu ainsi être modifiés. Forts de cette expérience réussie, nous avons souhaité poursuivre cette méthode de travail en commun.

Une 2ème réunion a donc eu lieu le 15 février : bilan du travail en CDCA et, en prévision de l'avis à émettre sur le PRS (projet régional de santé), harmonisation de nos interventions en CDCA. Réunion très utile compte tenu de la complexité du dossier. Fort heureusement les membres du CDCA 28 (FSU, FO, CGT, CFE.CGC) avaient déjà fait un gros travail d'analyse.

A été décidée une 3ème réunion fin mai qui fera le point sur le fonctionnement des CDCA, sur le travail en groupe actifs-retraités dans la FSU, et abordera des sujets relatifs à la santé (numerus clausus, maintien à domicile/EHPAD…). Notre représentant au CESER a donné son accord pour travailler avec nous sur les sujets communs.

Ce groupe CDCA-FSU Centre permet une réflexion et des positions communes sur des sujets régionaux. Il est à encourager dans toutes les régions. Grâce à ce travail, aux stages nationaux de la FSU, localement, la FSU a pu apparaitre comme force de propositions. Cette reconnaissance a réactivé des intersyndicales dans les départements où elles étaient en sommeil.

Michèle Martin

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Un congrès productif

mer, 25/04/2018 - 14:34

Les retraités se sont investis dans les discussions des trois thèmes qui les concernaient particulièrement. Ce fut un bon congrès globalement réussi.

Les congressistes sont d'accord : débats intéressants, délégations nettement rajeunies et féminisées signe de pérennité pour le SNES. Des retraités dans la plupart des S3, une réunion de catégorie animée le mardi soir.

Les points essentiels à retenir :
Thème 2 : Nos métiers en question. Très peu ou pas d'interventions sur les retraites puisque les retraites étaient traitées dans le thème 3 pour l'essentiel. Néanmoins on voit mal comment traiter de la « carrière » sans conclure par des mandats fondamentaux sur ce point. L'accent a été mis sur l'action sociale et sur la fin de carrière : revendication d'une CPA mais il faudrait approfondir la réflexion sur la fin d'activité professionnelle au moment où l'âge du départ effectif en retraite recule.

Thème 3 : Solidarités, alternatives économiques et sociales. Très riche, très animé. Dans ce thème sont abordées les questions de fiscalité, d'écologie, de politique de l'État, de politique familiale et de perte d'autonomie, de droits et liberté, de laïcité... Nous retiendrons ici deux points.
Santé : le congrès se prononce fermement contre le projet d'une protection sociale obligatoire pour les fonctionnaires et déplore la dérive des mutuelles. Il affirme la nécessité du remboursement à 100 % par la sécurité sociale. Il met en débat « l'intégration progressive des mutuelles (et de leurs personnels) dans la sécurité sociale rénovée et la suppression des complémentaires santé à but lucratif ».
Retraites : les mandats sur la retraite sont réaffirmés ; le SNES refuse les projets de réforme qu'il analyse (comptes notionnels, retraite par points…).

Thème 4 : Pour un syndicalisme moteur du progrès social. Le congrès se félicite d'une meilleure structuration des SFR à la FSU et de la reconnaissance de celle-ci au HCA et dans les CDCA. Il recommande de développer les groupes actifs/retraités pour mieux prendre en compte les questions de santé, de protection sociale et des retraites à sein de la fédération. Il insiste sur l'importance de la FGR-FP comme outil pluraliste dans le contexte de menaces pesant sur le Code des pensions et souhaite renforcer la dynamique de la FGR dans la perspective de son prochain Congrès.

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